Alejandro de Tomaso a démarré sa carrière de pilote en Argentine avant de courir en Italie pour Maserati et Osca et de créer sa société en 1959, se concentrant sur la production de voitures de course. Après ses prototypes, sa première voiture de route apparaît en 1964, la Vallelunga, barquette sportive suivie l’année suivante par un coupé. Avec une carrosserie conçue par Fissore, les trois premiers prototypes sont en aluminium avec arrière basculant, les exemplaires suivants étant en fibre de verre avec lunette traditionnelle. Cette voiture se distingue par une conception audacieuse reflétant l’expérience de la compétition. Ainsi, c’est la deuxième voiture de série à moteur central, après l’ATS, et elle dispose d’un châssis complexe et d’un système de suspension inspiré directement de la Formule 3 associant légèreté et rigidité. Elle est alors animée par un moteur Ford Kent 1,5 litre dérivé de la série et donc fiable.
Malgré ses qualités sportives, la Vallelunga ne sera pas un succès commercial. Avec un prix de vente à l’époque de 3,5 millions de lires, soit celui d’une Lancia Flaminia Zagato et plus de la moitié de celui d’une berlinette Ferrari, il n’en sera produit qu’une cinquantaine d’exemplaires par Fissore et Ghia qui en assurera la commercialisation. Le colonel Ronnie Hoare, importateur Ferrari en Angleterre, proposera de monter un bloc plus puissant, un Lotus double arbre de 1600 cc et 135 ch associé à une boîte cinq rapports. Dès les premiers exemplaires, l’option du moteur twin-cam est proposée par l’usine sur demande et figure dans les brochures de vente qui mettent en avant les Vallelunga en compétition. Si les articles de presse se montrent prudents à la sortie du prototype, les essais des versions de série dont celui de José Rosinski dans Sport Auto font état d’un très beau comportement routier.

Il ne resterait aujourd’hui qu’une vingtaine de ces voitures, légèrement différentes les unes des autres. Le modèle présenté est le châssis VLD 1611 (D pour « destra »), version « compétition » équipée du moteur twin-cam alimenté par deux carburateurs Weber DCOE40 et accouplé à une boîte cinq rapports. Elle aurait fait l’objet de l’article d’Autosport en novembre 1965 lors de sa visite chez Maranello Concessionaires, en Angleterre. Elle aurait été ensuite vendue au pilote Rob Lamplough, avant d’être exportée en Australie où elle est restée jusqu’en 2014. Elle aurait appartenu à Fred Vogel avant de courir aux mains d’Andrew Osmon et Peter Bell. Restaurée en Australie à la fin des années 2000 puis acquise par Sam Calabro, elle y a été régulièrement entretenue.
Dédouanée à son achat en Europe, elle a fait l’objet de près de 7 000 € de frais par son propriétaire (remise en route, réparation du bocal d’expansion, réfection du système électrique de la console centrale, remise en état du maître-cylindre de frein et d’embrayage, purge des circuits hydrauliques d’embrayage et de freinage…). Les documents d’immatriculation, le log book, les factures d’entretien, un dossier de photos, une copie de la brochure de vente et une documentation importante sur le modèle sont présents.
La Vallelunga, dotée d’un moteur vif et fiable, est très agile grâce à son châssis léger et équilibré lui assurant un comportement routier exemplaire.
Voiture rare et originale, elle incarne magnifiquement la culture sportive italienne des années 1960 sous son aspect le plus pur.

Adjugée 292 000 € à Paris en 2018.