Basée d’abord à Tours, puis à Paris à partir de 1906, Delahaye a construit sa première automobile en 1894 et s’est rapidement diversifiée dans la fabrication de véhicules utilitaires. Ses premiers produits étaient plutôt ternes, mais en 1935 est apparue la première d’une nouvelle génération qui allait changer l’image de la marque pour toujours : la T135 Coupe Des Alpes.

Quelques années auparavant, l’ingénieur en chef de Delahaye, Jean François, avait été chargé par l’actionnaire principal de la société, Madame Léon Desmarais, de concevoir une série de voitures sportives dignes du nom Delahaye. La première de cette famille, la Type 134, quatre cylindres de 2,1 litres, est présentée au Salon de Paris en 1933. C’est la première Delahaye dotée d’une suspension avant indépendante, montée sur un nouveau châssis comprenant des longerons en caisson et un plancher en tôle d’acier soudé aux entretoises. Le moteur Type 134 partage sa course de 107 mm
avec un tout nouveau six cylindres de 3 227 cc qui, bien que conçu pour l’automobile, était apparu pour la première fois dans un véhicule utilitaire Delahaye. C’est ce moteur que Jean François utilisera pour la Type 135.

Équipé de trois carburateurs Solex, le six cylindres de 3,2 litres à soupapes en tête produit 113 ch dans la version Type 135. Il était monté sur un châssis similaire à celui du Type 134, avec une suspension avant indépendante à lames transversales, des boîtes de vitesses à quatre rapports synchromes ou Cotal, des roues en fil de fer à verrouillage central et des freins Bendix.
et des freins Bendix. L’efficacité de ce moteur a déjà été démontrée lorsqu’un monoposto à châssis court équipé de ce moteur a établi plusieurs records de vitesse mondiaux et internationaux à Montlhéry en 1934.

Une Type 135 de 3,2 litres termine 5e au Mans en 1935 et l’année suivante, Delahaye améliore la formule avec les versions à empattement court T135 Spéciale et Compétition de 3 557 cc, qui développent respectivement 152 ch et 120 ch. La nouvelle Type 135 de 3,6 litres ne tarde pas à se faire un nom, remportant les 2e, 3e, 4e et 5e places du Grand Prix de France 1936, ainsi que le Rallye de Monte-Carlo et les 24 Heures du Mans en 1937 et 1938 respectivement.
respectivement. Le prince Bira a remporté la course des 12 heures de Donington en 1938 au volant de l’exemplaire du prince Chula et a ensuite remporté la course de Brooklands, la « voiture de route la plus rapide d’Angleterre », face à une redoutable opposition. Le modèle est réapparu après la Seconde Guerre mondiale sous le nom de 135M avec le moteur 3,6 litres et a été produit jusqu’en 1951.

Delahaye n’ayant pas de carrosserie interne, tous ses châssis ont été carrossés par des indépendants qui ont créé certains de leurs designs les plus attrayants sur le Type 135. Le numéro de châssis  » 801638  » porte une carrosserie cabriolet unique réalisée par la Carrosserie Franay de Levallois-Perret, dans la Seine. La carrosserie française s’est classée parmi les meilleures au monde tout au long des années 1920 et 1930. Posséder un châssis coûteux équipé d’une carrosserie sur mesure signée Kellner, Labourdette, Franay ou Saoutchik était considéré comme une marque d’immense prestige. Le carrossier Jean-Baptiste Franay
avait fondé son entreprise en 1903, dont le contrôle est passé à son fils Marius en 1922. Franay s’est spécialisé dans la carrosserie de châssis de qualité et a acquis une réputation d’excellence méritée, remportant plusieurs concours d’élégance dans les années 1930.

Les temps changent et l’industrie automobile adopte de plus en plus la construction unitaire, supplantant les châssis séparés sur lesquels s’appuyaient les carrossiers indépendants, ce qui signifie que cette Delahaye carrossée par Franay était en quelque sorte un anachronisme lorsqu’elle a été achevée en 1950. Un luxe artisanal que peu de gens pouvaient s’offrir, c’était l’un des derniers fleurons d’une industrie autrefois formidable qui allait pratiquement disparaître au cours des années suivantes.

Conduite à droite, comme beaucoup de voitures françaises de qualité de l’époque, cette Delahaye 135M a été vendue à l’état neuf par la Générale Française Automobile, la société du baron Petiet, dont les initiales figurent sur l’insigne de la calandre. Jean-Paul Tissot, auteur de La Belle Carrosserie Française, qui est également président du Club Delahaye français et l’un des historiens les plus éminents de la marque, a aimablement fourni des documents inédits et des détails sur les débuts de l’histoire de la voiture.

Selon M. Tissot, 801638 a été la dernière Delahaye à être carrossée par Franay, qui est décédé en 1954. Au cours de sa carrière, ses carrosseries ont été respectées pour leur flair en matière de design et pour l’attention particulière qu’elles portaient aux intérieurs, un talent qu’il avait hérité de son père Jean-Baptiste, qui était sellier de métier. La finition luxueuse de l’intérieur de cette voiture correspond aujourd’hui à celle dans laquelle elle a été livrée à l’état neuf.

Ce cabriolet 135 M, version 3 carburateurs, a été immatriculé neuf le 14 novembre 1953 dans le Finistère pour Pierre Le Bris, fondateur des Librairies de la Cité à Brest, Quimper, Rennes, Nantes et Paris. Un libraire et éditeur qui a marqué sa ville de Brest et la Bretagne. Sa voiture est restée en Bretagne jusque dans les années 1960. Elle est transférée dans le département de l’Ile et Vilaine le 4 mars 1964, immatriculée 285 KA 35, puis dans le département de la Loire-Atlantique le 2 septembre 1965, immatriculée 496 NU 44.

Au début des années 1990, ce cabriolet est arrivé aux Etats-Unis où ‘801638’ est enregistré en Pennsylvanie. Peu de temps après, la voiture a été transférée au Canada et a rejoint la collection actuelle.

Complète, correcte et, comme on peut le voir, assortie à la forme contrastée de la couleur qu’elle avait lorsqu’elle était neuve, son propriétaire décrit la voiture comme fonctionnant et se conduisant bien, étant une restauration ancienne bien conservée.

Cette rare Franay Delahaye 135M (châssis 801638) es estimée entre 250 et 350 000 €.